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L'Histoire des Chefferies

Bien qu'ayant beaucoup de points communs avec les structures sociales de la Grande-Terre, les Iles Loyauté présentaient nombre de caractéristiques propres. Chaque individu appartenait à un clan patrilinéaire, exogame et patrilocal qui était essentiellement une famille étendue.

Des personnes sans famille ou des groupes, peut-être des immigrés ou des restes de clans décimés dans des combats, pouvaient aussi joindre des clans existants. Chaque clan avait son totem et les légendes de son passé.

Le Chef de clan était, en théorie, le mâle le plus âgé descendant directement du couple fondateur, mais en pratique il descendait habituellement de la lignée la plus vigoureuse du clan, qui pouvait être ou ne pas être la lignée d'origine.

Il était considéré comme le "premier né" afin de symboliser les liens réels ou supposés avec les aïeux du clan; il était aussi le "père du clan", et ses membres étaient ses enfants. La plupart des clans étaient alliés à d'autres dans une commune allégeance à l'égard d'un "grand chef", qui était normalement le chef du clan le plus fort dans le groupe; et ils formaient des tribus ou de grandes chefferies.

Alors que les chefferies de clans étaient basées sur des liens de parenté affirmés, les grandes chefferies résultaient d'arrangements politiques, forgés par la conquête ou pacifiquement par la diplomatie.

Etant donné l'incidence importante de l'immigration et la mobilité générale de la population dans la période pré-européenne, les divisions politiques des îles étaient souvent sujettes à la mutation. Chaque grand chef rapportait ses origines à des évènements plus mythiques qu'historiques, et cherchait à créer une longue et glorieuse lignée pour lui-même, prenant souvent des titres "dynastiques" pour souligner une longue succession réelle ou imaginaire.


Le respect montré à ces hommes était total: à Maré et à Lifou on s'adressait à eux en langue Miny ou Iwateno et dans toutes les îles leurs sujets se mettaient à quatre pattes pour se mouvoir en leur présence. Personne ne gardait jamais la station debout quand un chef parlait ; seuls un petit nombre d'élus avaient le droit de toucher sa personne ou ses objets personnels, et seul il pouvait manger certains aliments, tels que la chair de tortue et les yeux, le cœur et la poitrine d'un ennemi massacré.

Il y avait séparation rigoureuse entre l'autorité politique et la propriété de la terre. Les droits de propriété étaient conservés par le clan et aucun chef n'avait de droits sur des terres autres que celles qui lui étaient attribuées en tant que membre du clan. Même les clans vaincus au combat conservaient leur terre mais payaient tribut, habituellement sous forme d'ignames, au chef conquérant.

Les relations parmi tous les individus dans la hiérarchie d'une grande chefferie étaient fixées cérémoniellement et les obligations politiques s'exprimaient dans la présentation des premières ignames de la saison. Les jeunes pousses étaient offertes d'abord aux chefs de famille, puis aux chefs de clan, et gravissaient toute la pyramide des dignitaires et des nobles, chacun ajoutant au cadeau jusqu'à ce que finalement le tout arrivât au grand chef.

Celui-ci à son tour distribuait des ignames, comme expression de respect et d'affection, à certaines individualités, tout particulièrement les maîtres de la terre. Tandis que les structures socio-politiques variaient en importance et en subtilité dans chaque localité, la société des Iles Loyauté vue dans son ensemble consistait en un certain nombre de hiérarchies rigides, chacune dépendant d'un grand chef.

Ceci est une organisation dont les structures demeurent encore aujourd'hui, mais sans être figées.